Au Cercle de Maison de la Suède à Paris : Dégustation mémorable des vins du Château MUSAR – LIBAN 12 vins en 6 tours de dégustation comparative deux à deux : 8 rouges et 4 blancs.

Alors, commencez par oublier tout ce que vous savez ou croyez savoir sur le vin. La température de service, l’aération et tout ça…

Ce qui nous a tous frappés en arrivant, c’est le fait que tous les verres étaient déjà remplis ! Or nous avons mis plus de 2 heures pour déguster ces vins et certains avaient déjà été servis depuis presque une heure à commencer par les blancs !

Il nous sera expliqué par Marc HOCHAR, pourquoi il a procédé ainsi et la dégustation nous permet de le comprendre encore mieux. Ces vins, tous ces vins (y compris les blancs, surtout les blancs !)  ont besoin pour révéler leur extraordinaire complexité, d’une aération prolongée, voire d’être chambrés comme les rouges. Ce sont des cépages bibliques qui sont utilisés ici, alors quelques heures de plus ou de moins…

Marc HOCHAR représente la troisième génération.

141106_Deg ch. MUSAR auCercle Suédois 004Cette propriété a été créée par son grand père, qui avait étudié la médecine en France et qui avait des amis bordelais qui lui ont donné le goût du vin. De retour au Liban en 1930 il s’installe dans la plaine de la Beeka. Ses deux fils reprennent l’exploitation et c’est le père de Marc, Serge,  qui en 1959 prend la direction de l’exploitation pour en faire un vin tout à fait exceptionnel et incomparable au sens étymologique du terme. Ce vin est bon, excellent, mais surtout il a un caractère, des caractères particuliers que l’on reconnaît immédiatement,  même à l’aveugle ! La nature du terroir, les températures de récolte, l’éloignement des vignes du chai de vinification et bien d’autres éléments propres en font MUSAR, point.

Sont plantés Cabernet Sauvignon (pour la structure), puis Cinsault (pour la finesse), plus tard la Syrah (pour le fruit et la structure).

Trois gammes sont élaborées :

1 – Musar Jeune : Décliné dans les trois couleurs pour une clientèle cherchant l’expression du fruit. On est sur une gamme de vins simples mais tout à fait honnêtes.
2 – Hochar Père et Fils : Gamme intermédiaire
3 – Château Musar : Le Grand vin

1er tour : Vins rouges

Musar Jeune Red 2011
Cinsault-Syrah-Cabernet Sauvignon – Vin de cuve inox
Arômes de fruits rouges et noirs, pruneau. En bouche le vin est souple, dense, avec une belle acidité et des tanins mûrs qui structurent bien le vin, la finale est légèrement asséchante.

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Hochar Père et Fils rouge 2009
Cinsault-grenache-Carignan-Cabernet – 9 mois de fût
Beaucoup plus évolué, plus gourmand, incontestablement, il faut aller vite compte tenu du nombre de vins dégustés. J’espère revenir sur ce vin plus tard, mais ce ne sera pas possible… hélas !


2ème Tour : Vins rouges

Château Musar 2007

Toujours cette belle palette de fruits rouges et noirs, avec des notes d’épices qui commencent à poindre. Bouche ample, souple, mûre, semble nettement moins évolué que le précédent de la gamme Hochar P&F (il faut dire qu’on est sur un vin à dominante Cinsault également mais en quantité plus importante et que ce cépage vieillit particulièrement bien dans la Beeka, rien à voir avec le Cinsault de Vallée du Rhône qui fait les rosés de l’été ! Ici on est sur un raisin qui structure le vin et le « taille » pour la garde. Ce vin est déjà prêt à boire, mais grâce à une acidité qui porte le vin et le rend rafraîchissant, il peut encore attendre.

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Château Musar 2004

Cette bouteille est peu expressive au nez, il semble plus dilué, nettement moins puissant et légèrement herbacé. Sans doute l’effet millésime. Marc Hochar nous dit qu’il est fermé en ce moment …


3ème Tour : Vins rouges

Château Musar 1999

Ici on est à 14 % d’alcool avec un plus évolué à la robe brune, une bouche ample et où la note volatile et « Bret » apparaît, enfin dirais-je, puisque c’est ce qui caractérise MUSAR. La touche Bret pour Brettannomyces, du nom de la bactérie qui donne une odeur d’écurie au vin et bien d’autres choses assez désagréables au départ. C’est un défaut ailleurs, d’extraction abusive en général, ici c’est une marque de fabrique !
Cette touche «  Bret » semble venir déjà du transport du raisin de la plaine de la Beeka jusqu’au pressoir situé à plusieurs heures de camion du vignoble en bord de mer. Le raisin partout ailleurs par les températures que l’on a au moment des récoltes au Liban (plus de 25 °C) n’y résisterait pas. Eh bien ici, non seulement il résiste mais cela lui donne un caractère qui se retrouve dans le vin, c’est la signature MUSAR. Également le mode de vinification et d’élevage en oxydation volontaire pour accentuer ce style évolué et extrait.

L’année 1999 est très Cabernet Sauvignon en général et Marc pense que maintenant on est plus sur le Cinsault.

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Château Musar 1986

Beaucoup plus évolué, robe très brune, nez de moka, d’épices, de terre, de figue. Marc nous précise que ce vin était trop parfait au départ, que son père a ajouté de l’acide acétique – 1 % – pour lui donner une touche plus « humaine »… allez comprendre…

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4ème Tour : Vins rouges

Château Musar 1974 : Nez de figue fraîche, presque une bouche de vieux porto avec plus de tannins toutefois, mais ce qui frappe c’est cette belle acidité, qui, comme les précédents plus jeunes, porte le vin et le rend très plaisant et rafraîchissant. C’est vraiment un constat très surprenant pour un vin de 40 ans ! De même l’alcool encore très présent mais fondu dans la matière du vin, c’est là le signe de son âge. C’est un vin tout à fait exceptionnel !

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Château Musar 1967 : Ici on est en présence d’un vin antique, on n’a plus du tout l’habitude de ce genre de vins. Sa robe est carrément maron, les tanins précipitent dans le fond du verre, on se dit c’est un vin fini. Eh bien pas du tout, il a un nez de terre très prononcé, si l’acidité a ici disparu, de même que l’alcool s’est bien évanoui, on a une finale très complexe.

On peut dire qu’il a de beaux restes ! assurément avec quelques années de moins ce devait être un très grand millésime. Et d’après Marc il n’est pas fini, même s’il en présente de nombreux signes.


5ème Tour : Vins blancs

On déguste maintenant 4 vins du Château Musar Blanc. L’assemblage est ici tout à fait stupéfiant Obeideh et Merwah, deux cépages locaux.
L’Obeideh serait l’ancêtre du Chardonnay et le Merwah celui du Sauvignon. Ce sont des vins d’antiquité qui sont tout à fait nouveaux pour tous les dégustateurs. Je connaissais Musar Jeune fait de de Chardonnay et de viognier, un classique ressemblant à un St Joseph, ou parfois un Condrieu un peu « bodybuildé », mais là c’est l’interrogation, on change d’univers. Est-ce bien du vin ?
Il passe 9 mois en barrique vieilles pour s’oxyder et perdre de son acidité. La récolte est quasi-tardive (octobre) pour attendre la pleine maturité des deux cépages Obeideh et Merwah et permettre également des vendanges avec des températures plus fraîches ! On est sur une autre planète…

 


Château Musar Blanc 2006

C’est un vin qui n’est commercialisé qu’après 6 ou 7 ans de conservation. 2006 est assez fermé au nez, mais après aération, il change complètement et prend des notes d’eau de rose.

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Château Musar Blanc 2000

Le nez est toujours discret, évanescent, c’est un vin pour les enfants, pas d’alcool, pas de présence au nez, un peu décevant … puis d’un seul coup après aération c’est le loukoum de mon enfance qui revient, incroyable, miel, rose, amande…


6ème et dernier Tour : Vins blancs

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Château Musar Blanc 1989

Nez d’infusion de thé et de Miel, celui-ci est assez vif expressif, contrairement aux deux précédents. En bouche on est sur le même type d’arômes avec une belle longueur, impressionnante pour un 89 soit 25 ans !

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Château Musar Blanc 1970

Très exubérant au nez, on a l’impression que plus les millésimes sont vieux plus ils sont jeunes ! De vrais patriarches de la bible en somme !

Pendant 2 heures nous étions 2000 ans en arrière … la famille HOCHAR a inventé la machine à remonter le temps.

Pour en savoir plus : http://www.chateaumusar.com

Des vins à découvrir également chez FINE WINE WORLD (www.fine-wine-world.com) par qui la dégustation était organisée. Je précise tout de suite, je ne reçois aucune commission, quoiqu’une bouteille de MUSAR… je vais réfléchir à la négo :). Côté cuisine d’hiver ces vins sont parfaits, avec de l’agneau et du gibier à poils (Sanglier, biche…) sur les rouges de 10 ans et plus.

 

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